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Teach Transition

Teach Transition : Bientôt une reconnaissance universitaire pour les Technopédagogues (1/3)

Intégrer le numérique dans ses pratiques de formation : l’ambition n’est pas neuve. L’originalité du projet Teach Transition tient dans sa dimension de valorisation et son côté boîte à outil Open Source. Enseignants et formateurs pourront ainsi suivre un parcours de formation sanctionné par un certificat inter-universitaire de Techno-pédagogue valorisable en France et en Belgique. Dans un premier temps, celui-ci pourra être intégré dans les cursus des partenaires universitaires du projet Teach Transition, lisez les universités de Mons et de Lille.

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Par toute institution intéressée (universités, hautes écoles et centres de formation) ensuite. Les modules de formations, disponibles en Creative Common, pourront être intégrés ou reproduits tels quel. Un consortium composé des partenaires validera la bonne transposition du cursus et donc sa reconnaissance de part et d’autre de la frontière franco-belge.

En appui de l’école numérique

Pourquoi cet Interreg, c’est-à-dire un projet transfrontalier ? Pour le volet contenu, à l’évidence, la transition numérique, c’est-à-dire l’intégration du numérique dans les pratiques pédagogiques, est plus qu’à l’ordre du jour. D’autant que la pandémie a précipité les choses et qu’une prise de conscience majeure de la place grandissante du numérique dans la conduite et la pratique de l’enseignement et de la formation s’est opérée. Le projet s’inscrit donc en appui, quelque part, de programmes de déploiement d’équipements comme l’École numérique en Wallonie ou Eduscol en France. Souvent constatent les partenaires Teach Transition, “ces outils ne sont pas utilisés de manière optimale par manque de formation des utilisateurs”.

Une dimension transfrontalière

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Et s’il existe de nombreuses initiatives de formation aux outils techno-pédagogiques, il ne s’agit pas de mesures structurelles et systématiques, à l’exception, notamment, en Belgique, du diplôme universitaire en sciences de l’éducation à finalité en technologie de l’éducation de l’UMons. “De ce fait, de nombreux professeurs et formateurs se tournent vers d’autres modes plus informels et vers de nouvelles offres de formation à travers des Tiers Lieux éducatifs ou encore vers des formations qui s’organisent sur d’autres versants. Par exemple, vers le Master en Ingénierie Pédagogique de l’Université de Lille qui accueille chaque année de nombreux candidats belges. La problématique est que le diplôme décroché par ces stagiaires transfrontaliers n’est pas encore reconnu en Belgique.”

Confrontation et co-construction

Concrètement, à la rentrée académique 2022-2023, moyennant son approbation officielle par chacun des partenaires, un certificat interuniversitaire de 15 ECTS (European Credit Transfer and Accumulation System), soit 450 heures réparties sur 8 mois aura vu le jour. Le projet, d’un budget de 1,5 millions € (dont la moitié financé par le FEDER), a comme maître d’œuvre l’Eurometropolitan e-Campus et réunit à côté des 2 universités, Technofutur TIC. L’Agence du Numérique, la HEPH-Condorcet et l’INSPE de l’académie de Lille – Hauts-de-France interviennent en tant que partenaires associés. L’Université de Lille prend en charge le design (itératif) du parcours ainsi que la production et la mise à disposition des activités de la formation. L’Université de Mons l’évaluation, Technofutur TIC la communication et la pérennisation.

Comme de coutume dans les projets européens, chaque partenaire est impliqué dans l’ensemble des volets et différents scénarios de parcours et des activités de formation sont en réflexion, confrontation, co-construction. Le référentiel, les curricula et les ressources pédagogiques produits font l’objet d’une collaboration transfrontalière de co-création itérative en design-thinking, d’une production conjointe et de phases d’évaluation à toutes les étapes.

On parle d’innovation par le collaboratif, énormément par le faire. L’idée est d’arriver à un certificat où les gens viendraient avec un projet pour leur classe ou leur zone de formation qui serait le moteur de leur progression dans leur acquisition de compétences.

Travailler sur des projets concrets

Pierre Lelong, Head of Training – Development, Education & Citizens chez Technofutur TIC : “Le spectre est très large. L’ECTS peut se traduire par du travail individuel, du collectif, de la veille, de l’apprentissage pair à pair, une participation à un colloque. Ces 450 heures doivent s’envisager dans une perspective d’innovation pédagogique. Il est quasiment certain qu’on va introduire la notion de portfolio. L’idée est que les participants viennent avec un projet pour leur classe, leur école voire leur organisation. Un des éléments importants du parcours sera en effet la documentation de l’évolution de celui-ci. Et c’est de sa concrétisation et des premiers résultats que se fera l’évaluation. “Quels types de projet?” : c’est vraiment très variable. Par exemple, je suis instituteur dans un école primaire à classe unique. Comment je fais pour m’appuyer sur le numérique pour donner cours à mes 6 années en même temps. Cela pourrait être un enseignant qui dit “Je veux parler le même langage, la même syntaxe que mes élèves” et décider d’utiliser des plateformes de gamification, pas seulement des escape games, mais un outil comme Minecraft parce que ses élèves sont sur Minecraft.”

“L’idée n’est pas d’avoir quelque chose de monolithique, un certificat, un parcours et des modules figés. Il s’agit de créer une architecture dont toutes les briques, les modalités d’activité, les modes d’évaluation pourront être interchangeables.
Le propos est de pouvoir dire aux participants : vous devez développer une compétence, par exemple celle d’”apprendre à distance” et d’avoir deux ou trois modules de formation qui les conduiront à cette même compétence mais avec des modalités différentes, peut-être à des moments différents dans la journée. Ce n’est pas de l’innovation pédagogique, c’est faire de l’innovation sur les modèles pédagogiques et faire sauter tous les carcans.”

Persona

L’Université de Lille a fait une enquête auprès de 200 enseignants formateurs susceptibles de s’inscrire à cette formation. Les chercheurs les ont classés en fonction de leurs besoins, de leurs problèmes et ont créé des persona afin d’identifier les profils des publics que le nouveau certificat pourrait intéresser. C’est un travail de design très important, qui va déboucher en septembre sur un prototype à plusieurs entrées. A destination par exemple d’un public composé des enseignants les plus motivés et d’un autre qui va permettre d’aller chercher la plus grande masse des enseignants. “On peut imaginer un processus qui leur permette en entrée de, quelque part, se rassurer en s’évaluant et en développant des compétences faciles d’accès pour décider de passer le certificat 6 mois ou un an plus tard. Ce n’est pas par rapport à un apprentissage spécifique normé qu’on se positionne mais par rapport à une matière, à un degré de maturité et d’autonomie de l’apprenant et à une posture d’enseignement du professeur.”

Première étape d’une certification européenne

Pierre Lelong: “On vise entre 15 et 20 personnes. Nous sommes en train de voir comment les personnes qui suivront et testeront cette première mouture pourront valoriser leur parcours, tant au niveau de la communauté de pratiques actuellement en place qu’au niveau de la formation. Les deux certificats seront ensuite affinés et évalués à tous les niveaux pour déboucher sur un parcours qui, nous le souhaitons, fera l’objet d’une reconnaissance commune des diplômes. Ce premier certificat commun aux universités de Lille et de Mons est, nous l’espérons, la première étape d’une certification européenne validant et qualifiant les compétences techno-pédagogiques des enseignants et formateurs.”

Un prototype en septembre

La prochaine grosse étape du projet passe par le test d’un prototype en septembre. Pierre Lelong: “Les processus de reconnaissance sont différents en France et en Belgique. Concrètement, l’Université de Lille va proposer à la rentrée le “NUMEFA“, un diplôme Universitaire Numérique Enseignement et Formation d’Adultes qui aura déjà un statut juridique. En Belgique, le prototype qui fera l’objet d’une demande de reconnaissance à l’ARES (Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur) en aura comme dirait en publicité le goût, les apparences et l’odeur mais en sera une version réduite. Le Certificat Universitaire devra faire 15 ECTS. Ici, on sera probablement sur 6, peut-être 7 ECTS qui seront testés de manière informelle. Comme on veut vraiment être innovant, on va tester tout ce qu’on est en train d’imaginer auprès d’enseignants et de formateurs.”

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